lundi 9 mai 2016

Peut-on connaître l'Univers sans se raconter des histoires de mondes? Copie de Laurine Chir (Terminale S2)


Quelle que soit l’époque, l’homme s’est toujours tourné vers le ciel et l’univers. Il se fiait aux constellations, aux étoiles pour s’orienter et cherchait à expliquer les phénomènes naturels tels que les orages, les tremblements de terre avec des histoires, des mythes. C’est au fil de ces récits qu’il rendait compte de l’existence de l’univers. Ainsi le grain de la cosmologie germait dans le giron de la cosmogonie. C’est le cas, par exemple, du mythe d’Ouranos et Gaïa qui  développe la vision d’une expansion de l’univers, phénomène sur lequel on s’appuie aujourd’hui avec une grande confiance. Cependant, connaître l’Univers se rapproche d’une connaissance scientifique, d’une « vérité » plus ou moins démontrée et possède un aspect rationnel mais se raconter des histoires de mondes semble être une illusion, une fiction. Est-il possible de concilier la science qui nous permet de connaître la terre à la mythologie ? Connaître et se raconter des histoires ne pourraient-ils pas être liés ? Si les légendes sont les premières explications données à des phénomènes universels, peut-on concevoir qu’il existe un Univers sans se référer à la cosmogonie ? De plus, pouvons-nous être sûrs qu’il n’existe pas de multivers quand nous sommes si loin de connaître la totalité de notre Univers ?
La cosmogonie se réfère à des histoires mythologiques cherchant à expliquer ce qu’il se passe dans l’espace et l’univers mais la cosmologie est une science alimentée par des recherches et des protocoles expérimentaux. Or les sciences, tout comme les croyances mythologiques ont connu des évolutions différentes et se sont chacune distinguée de l’autre. Au temps de la Grèce Antique, les Dieux expliquaient tous les phénomènes naturels. Les orages étaient provoqués par Zeus, la mort et les Enfers étaient gouvernés par Hadès et les vagues des océans étaient commandées par Poséïdon. Cependant aujourd’hui ces divinités ne sont plus vénérées et s’avèrent être dépassées puisque les sciences ont commencé à se développer et à apporter des réponses quant aux questionnements des hommes. Mais là où elles ont connu un véritable essor, c’est au temps de Galilée, quand la Science moderne est apparue.
Ces sciences ne sont donc pas de la mythologie. Des expériences sont faites pour connaître ce qui nous entoure, que ce soit dans l’espace, les galaxies ou dans notre atmosphère et dans les océans. La conquête spatiale a permis de prendre conscience de ce qui nous entoure dans l’Univers et de différents phénomènes universels comme la gravitation. Les hommes ont alors mis au point des techniques pour assouvir leur soif de savoir. Ils ont fait des expériences pour connaître la vitesse de la lumière dans le vide à l’aide de lasers puissants. Ils ont construit un télescope assez puissant pour photographier l’espace et les planètes, le télescope Hubble. Ainsi grâce à l’évolution de la technologie, les hommes se sont tournés vers la science qui leur explique leur environnement.
Cependant en Physique, ce que nous pouvons voir, ce que nous pouvons tester est notre univers. La discipline se ferme à d’autres hypothèses, mais pourquoi ne pas s’ouvrir davantage. Si nous ne connaissons pas l’Univers, comment l’homme peut-il se contenter de cette explication qui n’est que très partiellement validée ?
Quelle place, dés lors, convient-il d’accorder à notre imagination ? La science utilise des fictions puisqu’elle part d’hypothèses nées d’observations et de l’imagination du scientifique. En voulant réaliser une expérience, il faut commencer par avoir une idée préalable du résultat pour savoir comment procéder. La base de la recherche est donc l’imagination. Cependant pour connaître l’Univers et ses phénomènes, il faut que l’homme laisse son anthropocentrisme, qu’il abandonne son idée selon laquelle il est au centre de l’univers et que tout se rapporte à lui. En réalisant des expériences aboutissant à des résultats concrets, l’homme en fait des vérités universelles, s’appliquant sur terre mais aussi dans la totalité du Cosmos. Cette imagination va le pousser à chercher d’autres choses, d’autres possibilités et à voir plus grand.
De plus, les écrivains imaginent des mondes et permettent de concevoir qu’il y a plus dans l’univers que ce que l’on pense. Le mythe d’Ouranos et de Gaïa faisait référence à l’expansion de l’univers, à l’ouverture de l’espace. Lorsque Tolkien a écrit la trilogie du seigneur des anneaux, il a créé un monde avec ses propres lois pénales et physiques. La Terre du Milieu prend place dans le même univers que tous ceux qui sont pareillement inventés, mais en même temps il en décrit un qui reste unique. D’après Nelson Goodman, « nous sommes des faiseurs de mondes » et ces derniers s’inscrivent dans l’univers mais ne se réfèrent plus du tout au critère du Vrai. Ne plus viser la vérité laisse ainsi libre cours à la création et le critère de la vérité fait place à celui de la simplicité de la « tenue » (il faut que se monde se tienne).
Ainsi les mondes que chacun peut imaginer sont dans l’Univers, dont nous ne connaissons d’ailleurs qu’une infime partie, mais si l’homme ouvre son esprit, il peut envisager bien plus que ce qu’il sait, à savoir ce qu’il conçoit. C’est ainsi que Rabelais a évoqué le multivers dans le Tiers Livre.
Pourquoi ne pas accorder plus de poids à cette hypothèse ? En effet, si nous connaissons mal l’univers, cela veut-il forcément dire qu’il n’en existe pas plusieurs, voire une infinité ?
En se basant sur la physique quantique, tout est possible. Elle marque en effet une rupture avec la physique classique qui se ferme à certaines théories, comme celle de la relativité, par exemple. Si nous considérons les fentes de Young, nous observons que selon la façon dont on regarde le résultat après avoir bombardé les fentes d’électrons, il peut apparaître des traces de corpuscules ou un modèle d’interférences (ondes). Tout dépend de l’observation et de ce qu’elle s’attend à voir. Plusieurs résultats sont donc envisageables, alors même qu’ils sont contradictoires. L’expérience de pensée du chat de Schrödinger illustre parfaitement les paradoxes de la physique quantique. Si le chat est dans la boîte fermée, on ne peut pas savoir si la fiole de poison se casse ou non. Sachant que la désintégration d’un atome radioactif est un événement aléatoire, il est impossible de savoir si cet atome se désintègre ou non. Le chat est donc mort et vivant. Ce qui est probable est réel, y compris lorsque la probabilité est de 50/50.
De plus cette expérience soulève la question des mondes parallèles puisque, dans ce monde, si le chat est vivant, alors il est peut-être mort dans un autre monde : il est aussi impossible de le prouver que de le démentir. Toutes ces hypothèses conduisent à considérer l’existence d’un multivers qui, en soi, n’est pas tant une hypothèse que la conséquence d’une hypothèse. La théorie de l’inflation nous incite ainsi à penser qu’il n’y a pas de mouvement dans l’espace mais que l’espace est cela même qui est un mouvement. Le mouvement est ainsi relatif et cesse d’être absolu. L’univers ne cesserait pas d’être plus grand. On estime d’ailleurs son inflation continue à e 60, voire plus, alors comment ne pas prendre en compte le fait que plusieurs Univers puissent exister, tous à la croisée les uns des autres pour former un multivers ?

De plus, la relativité générale nous pousse à nous dire que l’Univers dans lequel est notre planète n’est pas forcément représentatif du Multivers. En effet, les lois physiques qui s’appliquent dans un Univers ne s’appliquent pas nécessairement aux autres. Ainsi dans un Multivers, il pourrait exister des formes de vie insoupçonnées qui créent leur propre monde, tout comme le font les hommes. De plus ces formes de vie pourraient se révéler être des alter ego, ayant les mêmes passés mais des futurs différents puisque les environnements sont différents. Ainsi il se pourrait qu’un autre moi existe dans un autre Univers mais fasse des choix différents des miens. Mais alors, que signifie « choisir » si nous sommes dans un multivers et que nous savons qu’un autre moi fait ailleurs un autre choix ? Suis-je encore vraiment l’auteur de mes actes ? Comme le dit Aurélien Barrau, les choses se produisent et se reproduisent à l’infini de telle sorte que toutes les combinaisons ayant une probabilité non nulle de se produire « tombent » nécessairement si les dés sont jetés une infinité de fois. Mais alors, nous ne voyons pas comment nous pourrions raconter autre chose en science que des histoires de mondes puisque de fait c’est bel et bien ce que la connaissance nous impose d’envisager, ne serait-ce qu’à titre de conséquences d’un univers infini dan lequel ce qui se passe ne se réalise jamais une fois mais une infinité de fois (Nietzsche).
En outre il est possible de remettre en question nos connaissances de l’Univers car ce dernier n’est pas ce qu’on croit. En effet la particule X renverse toutes les certitudes et notre vision de l’Univers. Cette particule X est apparue lors d’une expérience dans le collisionneur de Hadrons (LHC) à la fin de l’année 2015. Le LHC avait alors enregistré un signal considéré comme anormal car inconnu jusqu’alors. Il n’était pas sensé apparaître car il est incompatible avec le modèle  des particules standard. Etonnés par ce signal, les scientifiques se sont interrogés sur les erreurs possibles qui l’auraient fait apparaître. Mais le risque d’erreur se situe à 0,00003 %. Pour l’instant de nouvelles données expérimentales  sont attendues pour savoir quelle identité donner à la particule mais, dans tous les cas, le X est annonciateur d’une grande évolution et d’une remise en question de ce qui nous entoure. Il pourrait révéler l’existence d’une quatrième dimension spatiale. Jusqu’où cette capacité de déstabilisation de la nature (natura : ce qui est en train de naître) pourrait-elle nous conduire ?


Ainsi cosmologie et cosmogonie sont finalement étroitement liés car aussi précises et fiables que soient certaines mesures de la science aujourd’hui, il n’est rien que l’on puisse affirmer d’ l’univers avec certitude. Les mythes ne cessent pas d’inspirer les hommes et de les guider vers de nouvelles histoires mais sous des formes très différentes de celles d’Hésiode et d’Homère. Se pourrait-il que la Science puisse se définir comme une nouvelle façon de construire des mythes ?

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